Jubjoter

Émerger d’un rêve sans savoir la fin et tenter d’y retourner pour connaître la suite

Strasbourg – Municipales 2026

En tant que citoyen strasbourgeois, je suis partiellement déçu par l’action de la municipalité actuelle. J’en attendais davantage, notamment en matière de réduction du trafic motorisé, de respect de l’espace public et d’application effective des règles.

Une politique municipale ne peut pas se limiter à aménager ou à communiquer. Elle doit également faire respecter les règles qu’elle édicte. C’est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit de protéger les piétons, les personnes à mobilité réduite, les cyclistes ou les habitants qui subissent les nuisances de l’espace public.

Ce qui doit changer

1. Stationnement sauvage des véhicules motorisés

Aucune des précédentes municipalités n’a réellement réussi à faire respecter durablement les règles de stationnement. Motos et scooters ont ainsi pris leurs aises sur les trottoirs, dans les aires piétonnes et dans les zones de rencontre.

En 2024, une vingtaine de verbalisations concernant les deux-roues motorisés a été effectuées. Ça représente à peine deux verbalisations par mois, ce qui paraît dérisoire au regard du nombre de véhicules régulièrement stationnés illicitement.

Il y a davantage de verbalisations concernant le stationnement automobile, mais le problème reste visible au quotidien.

Pourquoi ne pas développer la vidéo-verbalisation ? Elle pourrait notamment permettre de traiter certains secteurs particulièrement problématiques sans mobiliser en permanence des agents sur place.

L’objectif n’est pas de « faire du chiffre », mais de rendre crédible la règle : un trottoir est fait pour les piétons, pas pour garer un véhicule.

2. Propreté : nettoyer ne suffit pas

Les équipes de nettoyage font leur travail. Mais une politique efficace de propreté doit également agir sur les comportements.

Il faut donc davantage verbaliser lorsque cela est nécessaire, mais aussi revoir certaines campagnes de sensibilisation. Certaines communications municipales, comme la campagne d’affichage Game Over, me paraissent davantage conçues comme des opérations de communication que comme de véritables outils de prévention.

La propreté ne peut pas reposer uniquement sur le travail des agents municipaux : il faut aussi agir sur ceux qui salissent.

3. Tabagisme dans les parcs

L’interdiction de fumer dans certains espaces publics doit être réellement compréhensible et contrôlée. Les panneaux d’interdiction sont parfois trop discrets et n’indiquent pas clairement les sanctions encourues. Surtout, les contrôles semblent insuffisants.

Sans contrôle et sanction, une interdiction perd sa crédibilité

4. Affichage sauvage

Le problème n’a jamais été pris au sérieux : autocollants, affiches et publicités envahissent de nombreux poteaux et éléments de mobilier urbain du centre-ville.

On peut notamment voir régulièrement des affiches ou autocollants à caractère commercial ou événementiel, comme ceux du club libertin « Le Chat Noir ».

Il est certes difficile de prendre les colleurs en flagrant délit, mais cela ne signifie pas qu’il ne faut rien faire si ce n’est nettoyer

La responsabilité financière des annonceurs et organisateurs doit être pleinement mise en œuvre lorsque le droit le permet.

5. Stationnement anarchique des vélos

Le vélo est un mode de déplacement qu’il faut encourager. Mais cela ne signifie pas que tous les comportements doivent être acceptés. Le stationnement anarchique de certains vélos peut gêner les piétons ou les personnes à mobilité réduite.

Il faut également traiter le problème des vélos « ventouses ». Cela nécessite toutefois de proposer des solutions : développement de parkings vélos sécurisés, tarifs préférentiels pour des durées de 3 à 12 mois et communication beaucoup plus claire sur les règles applicables.

Un vélo manifestement abandonné depuis plusieurs mois ne devrait pas pouvoir occuper indéfiniment une place de stationnement.

En revanche, la règle doit être juridiquement claire : le délai et la procédure de retrait doivent être précisément définis et portés à la connaissance des usagers.

6. Réglementation des terrasses

La nouvelle réglementation constitue un progrès. Mais encore faut-il qu’elle soit appliquée.

De nombreux établissements semblent encore dépasser régulièrement les limites autorisées ou ne pas respecter certaines prescriptions. L’UMIH est elle-même favorable au respect des règles et à la verbalisation des établissements qui ne les respectent pas.

J’ai pu constater l’existence de contrôles. Le problème n’est donc pas l’absence de contrôle, mais plutôt ce que je considère comme du laxisme puisque lorsque des établissements sont quotidiennement en infraction et bien visible, il devient difficile de croire que le contrôle a été fait sérieusement.

7. Les livreurs à vélo

Certains « vélos » utilisés par des livreurs ressemblent davantage à des cyclomoteurs électriques qu’à des vélos. La question de leur conformité à la réglementation doit donc être contrôlée.

Même chose pour les livreurs utilisant des scooters : les obligations qui leur sont applicables doivent être vérifiées, ils doivent être titulaire d’une capacité de transport. Cette obligation n’est certainement jamais vérifiée.

Au-delà des contrôles, une véritable campagne de sensibilisation serait utile, à destination des livreurs.

8. Trottinettes électriques : faire respecter les règles

Les règles applicables aux trottinettes électriques sont encore largement méconnues.

La nuit ou lorsque la visibilité est insuffisante, le conducteur doit notamment porter un équipement rétro-réfléchissant. Une trottinette est également conçue pour transporter une seule personne.

Quant à la vitesse maximale autorisée, elle est fixée à 25 km/h pour les engins concernés.

Pourtant, les infractions sont fréquentes : conduite à deux, vitesse excessive, équipements insuffisants, …

Là encore, une règle sans contrôle devient rapidement une règle ignorée.

D’autres sujets méritent également des réponses

La liste est loin d’être exhaustive.

Transparence municipale

Pourquoi certaines demandes de documents ou certaines questions adressées à la municipalité restent-elles sans réponse ?

La transparence ne devrait pas être considérée comme une faveur accordée aux citoyens ou aux élus de l’opposition. Elle doit être la règle.

Consommation d’alcool dans l’espace public

La consommation d’alcool sur la voie publique est également un sujet qui mérite d’être traité sans caricature. Il ne s’agit évidemment pas d’interdire toute consommation d’alcool dans l’espace public, mais de lutter contre les nuisances, les dégradations et les comportements qui peuvent en découler.

Une ville agréable est une ville où chacun peut profiter de l’espace public sans subir les excès des autres.


Les points positifs

Critiquer la municipalité ne signifie pas qu’il faut nier ce qui fonctionne. Certaines réalisations méritent au contraire d’être saluées.

1. La débitumisation des cours d’école

La transformation d’une bonne partie des cours d’école constitue une bonne mesure. Elle améliore le cadre de vie des enfants, apporte davantage de végétation et contribue à lutter contre les îlots de chaleur.

2. La gestion des arbres : un bilan à regarder objectivement

La question des arbres est souvent devenue un sujet de polémique politique.

L’opposition a notamment affirmé que des arbres avaient été « arrachés » rue Mélanie après une modification du projet. Ils n’ont pas été arrachés mais replantés ailleurs à la suite de l’évolution du projet et des contestations sur l’aménagement.

Une municipalité écologiste peut parfaitement être amenée à abattre certains arbres lorsqu’un projet le justifie.

La véritable question devrait être celle du bilan global : nombre d’arbres plantés, nombre d’arbres supprimés, surface de pleine terre créée ou supprimée, essences choisies et surtout taux de survie des plantations.

3. Le Ring vélo : une avancée majeure

Globalement, le Ring vélo constitue une avancée importante pour Strasbourg. Il permet de rendre plus lisible et plus cohérent le réseau cyclable dans le centre-ville.

Une anecdote, lors d’une discussion avec Jean-Philippe Vetter, celui-ci proposait de remplacer les panneaux « cyclistes autorisés de 20 h à 10 h 30 » par « cyclistes interdits de 10 h 30 à 20 h » rue d’Austerlitz. C’est tout à fait pertinent sauf que ce changement avait déjà été fait depuis plusieurs mois.

Il avait également critiqué la section de la rue des Orphelins, estimant que ça serait un « four » l’été à cause de son caractère minéral. Sauf qu’il y a trois carrés de terre destinés à accueillir de la végétation qui sont prévus, alors que dans la situation précédente il n’y avait strictement rien. De plus et il doit certainement le savoir, on ne peut pas planter n’importe où à cause des réseaux sous-terrain.

4. Place du Château et l’installation artistique

Certains opposants ont dénoncé un « greenwashing » concernant une installation artistique d’arbres en bois et des dispositifs sonores diffusant des sons de nature sur la place du Château. Pourtant, les Architectes des Bâtiments de France s’étaient opposés à toute plantation au centre de la place lors de sa rénovation. Critiquer la municipalité alors que tous connaissaient cette contrainte relève de la mauvaise foi.

5. La rénovation de l’Opéra : enfin une avancée

Après avoir été maintes fois repoussée, la rénovation de l’Opéra doit enfin pouvoir commencer. Le chantier devrait toutefois entraîner plusieurs saisons « hors les murs ». La question est donc de savoir comment maintenir une programmation culturelle de qualité pendant cette période.

La proposition actuelle consiste notamment à utiliser le Palais des fêtes, ce qui implique lui-même des travaux. Mais pourquoi ne pas envisager une répartition temporaire des spectacles entre plusieurs équipements existants ?

Par exemple :

  • La danse : au Maillon, dont la capacité pourrait être adaptée à certaines productions ;
  • Les récitals : à la Cité de la musique et de la danse, avec une jauge adaptée à ce type de spectacle ;
  • Les opéras : dans un auditorium du PMC (Palais de la Musique et des Congrès).

Cette solution mériterait au minimum d’être étudiée. Mais peut-être l’a-t-elle déjà été ? En tout cas, je n’ai jamais obtenu de réponse.


Strasbourg mérite mieux que les caricatures

Je ne suis ni dans le soutien systématique à la municipalité, ni dans son opposition systématique.

Je considère qu’une ville doit être jugée sur ses résultats.

Quand une mesure est bonne, il faut le dire. Quand elle ne fonctionne pas, il faut le dire également. Et lorsqu’une règle existe, il faut avoir le courage de la faire respecter.

Strasbourg a engagé une transformation de son espace public.

Mais la transition écologique ne doit pas conduire à accepter une dégradation de l’espace public ou un affaiblissement de l’autorité municipale.

Une ville écologique doit aussi être une ville propre, accessible, sûre et respectueuse de ses règles.


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